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Courrier

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on July 18, 2006 at 3:17:03 pm
 

Cette page est destinée à ouvrir un débat le plus large possible sur tous les aspects de l'oeuvre de Genet.

La question du politique ne doit pas être la seule à être discutée, mais depuis 2002, on ne peut que constater qu'une certaine critique s'efforce de juger Genet, comme on jugea Blanchot, Heidegger, Sartre. Si une vingtaine de pages sont problématiques, encore ne faut-il pas juger trop vite l'ensemble de l'oeuvre qui en comporte sans doute plus de dix mille. Il est convenu que le ton doit être courtois

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Japon , le 18 juillet 2006

Débat : Jean Genet, nazisme, antisémitisme

OUVERTURE du débat par Patrice Bougon

Dans son dernier livre Jean Genet, post scriptum, Verdier, 2006, Eric Marty, faisant référence à ces essais antérieurs pose une bonne question << était-il licite de lire Genet à partir de la question de son antisémitisme >>, p. 9 et indique sa position très originale de lecteur << lire Genet en ennemi >, p.9. Affirmant une singularité indéniable, Marty s'oppose, avec vigueur, à telle autre réception de Genet ainsi définie et condamnée: << un type de réception où la fascination, le fantasme d'obéissance, comme dans les rituels primitifs, n'autorisent d'approcher le texte que les yeux mi-clos, avec pour seule parole un bégaiement stupide sonnant le glas d'une véritable lecture. >>, p.18. L'usage du terme << glas >> n'est pas ici employé au hasard, il renvoie, au livre homonyme de Derrida Glas, 1974, d'autant plus que dans Bref séjour à Jérusalem, Gallimard 2003, Marty nous signale que, dans cet essai, Derrida << joue au petit garçon >>,p.183. Un peu plus loin, Marty se disant << un peu agacé de tant d'enfantillages >>. Lecture là, encore singulière, non seulement de Jean Genet, mais de Derrida.

Comment comprendre un tel acharnement et une telle violence? De quoi est-elle le signe pour notre époque? Pourquoi un brillant universitaire, connu pour sa rigueur impeccable concernant Barthes, Gide, Char, est-il conduit à de telles polémiques et un tel ton? Dans les lignes qui suivent, nous espérons que notre propos ne sera ni << un bégaiement stupide >>, ni un << enfantillage>>, mais une réponse argumentée à Eric Marty.

Le pouvoir symbolique et institutionnel de l'éditeur des O.C de Barthes, son habileté oratoire, sa capacité à publier vite ( la vitesse est une catégorie pensée par Marty,nous y reviendrons )et dans diverses revues, ont réussi, au fil des années à imposer une seule lecture de l'oeuvre de Genet, la sienne. Notre humble souhait est de faire entendre d'autres voix sur ce site.

Un rappel historique s'impose. En 2003, sur ce site, nous signalions ceci :

<< Depuis quelques mois, Eric Marty, connu notamment pour ses travaux sur Gide et Barthes, défend une thèse assez provocante : l’œuvre non-théâtrale de Genet témoignerait, selon ses termes, d’un << antisémitisme halluciné >>.

En publiant Jean Genet à Chatila, dans Les Temps Modernes, N°622, décembre 2002-janvier 2003, puis en mars, un essai intitulé Bref séjour à Jérusalem, collection L’infini, Gallimard, qui reprend cette longue étude de cent pages, enfin en avril 2003, Jean Genet dramaturge ou l’expérience de l’Autre, Critique, n°671, avril 2003, p. 252-265, cette thèse se donne à lire selon une argumentation qui mérite le débat.

Contrairement aux livres publiés sur Genet depuis cinq ans, l’étude et le livre de Marty ont un grand écho. Un article de Patrick Kéchichian dans Le Monde, puis les revues Art Press et Les Inrockuptibles, de mai 2003, ainsi que l’émission Répliques, sur France Culture ont permis à Eric Marty de défendre cette thèse.

Albert Dichy, dans un article du Monde, daté du 3 avril 2003, a contesté la lecture de Marty. Le co-éditeur, avec Michel Corvin, des oeuvres théâtrales de Genet, dans la collecion de la Pléiade, a dialogué avec Eric Marty et Alain Finkelkraut, dans l’émission dirigée par celui-ci, sur France Culture, Répliques, diffusée le 12 avril 2003.

Souhaitons que le dialogue continue et s’ouvre plus largement à d’autres chercheurs. Nous renvoyons aux articles de Sylvain Dreyer, le seul universitaire ayant répondu aux thèses de Marty et Jablonka, de façon critique. Voir la rubrique Articles

Pour notre part, nous allons rendre compte du livre et de l’article de Marty afin de poser, plus largement, des questions de méthode, dans la mesure où le rapport entre politique et littérature est en jeu, en d’autres termes, celle de la responsabilité de l’auteur, mais aussi, celle du lecteur.

Patrice Bougon, le 6 mai 2003 >>

En 2006, le dernier essai de Marty nous donne l'occasion d'ouvrir un débat qui n'a pas eu vraiment lieu, du moins dans l'université, et nous allons proposer prochainement une étude sur les travaux de Jablonka et Marty. Nous ne faisons sur ce site que de dessiner le cadre du débat, ouvert à tous, en donnant à lire le ton de ces deux critiques.

Tout se passe comme si un désir de parricide hantait ceux qui attaquent Jean Genet. Question d'époque. Il s'agit, peut-être, pour les auteurs des livres polémiques, produits depuis 2003, contre Genet de se défaire des penseurs qui les ont formés et ont dominé les années 1960 -1980. Genet, l'écrivain admiré par Jean Paul Sartre, Michel Foucault, Félix Gattari, Gilles Deleuze, Jacques Derrida, Roland Barthes, Jacques Lacan.

Il semble aujourd'hui que les journaux les plus rigoureux soient victimes d'une rumeur construite par une lecture, pour le moins constestable, des textes de Genet. Le débat est ici ouvert.

Patrick Kechichian, écrit ainsi dans Le Monde du 8 juin 2006: << l'étude de Marty parue dans Les Temps modernes sur "Jean Genet à Chatila" (reprise dans Bref séjour à Jérusalem, Gallimard, "L'Infini", 2003) avait fâché et suscité une polémique sur l'antisémitisme de l'écrivain, patent dans son engagement propalestinien.>>, dans le même journal, Ivan Jablonka affirme qu'il y a une << fascination pour Hitler [...]dans l'oeuvre de Genet >>,Le Monde, 14 avril 2006. Mais, au-delà des phrases certes parfois provocantes, coupées du contexte, que dit le texte littéraire de Genet? Nous donnons ici à lire un long extrait de Pompes funèbres, assez éloquent sur le rapport à Hitler, dont la portée semble avoir échappé à certains lecteurs.

Nous avons cité, pour partie, cet extrait, et cinq autres du même genre, dans une étude Ironie, politique et mythe dans Pompes funèbres , jamais citée par les lectures accusant Genet d'antisémitisme. Nous donnons donc à lire cette étude dans la rubrique Essais, dans la mesure où nous tentons d'indiquer comment le texte littéraire de Genet déconstruit toute idéologie. Notre étude est parue dans Europe, Genet, août-septembre 1996. Le lecteur jugera de deux lectures possibles de ce roman.

 

Pompes funèbres

Le petit gars de Paris accomplit son travail avec vaillance. D'abord il eut peur de faire du mal au Führer. Le membre était d'acier. De toute cette machine à supplice qu'était Paulo, la verge en était la pièce essentielle. Elle avait la perfection des rouages, des bielles fabriquées avec précision. Elle était également sans tendresse, sans douceur, sans le tremblement qui fait souvent frémir délicatement les plus violentes. Paulo prit des précautions et mit beaucoup de salive à sa bite, mais très vite il fut dominé par sa fonction de mâle. Il fonça jusqu'au fond. Il éprouva une grande joie à sentir le tressaillement de bonheur de Madame. La reconnaissance de la beauté de son travail le rendit fier et plus ardent. Ses bras, par en dessous, près des épaules, s'aggripèrent au bras de l'enculé, et il fonça plus dur, avec plus de fougue. Le Führer râlait doucement. Paulo fut heureux de donner du bonheur à un tel homme. Il pensa : << T'en veux de l'aut' ? et en fonçant : << Tiens mon chéri >>. Soulevant encore ses reins, sans sortir du trou : << Du petit Français >> et fonçant << Encore un coup... C'est bon, ça te plaît ? Prends-en toujours >>. Et chaque mouvement de va-et-vient dans l'oeil de bronze, s'accompagnait mentalement d'une formule dont le lyrisme était dicté par le bonheur accordé. A peine eut-il une fois un léger ricanement, vite effacé, quand il pensa << Cui-là, c'est la France qui te le met >>. Hitler une main sur sa queue et ses parties mutilées, sentait cette ardeur s'exalter, encore que chaque coup de bite arrachât un râle de bonheur.

Pompes funèbres 1947, Gallimard,1957, Collection L'imaginaire, 1978, pp.164-165

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