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Courrier

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on July 8, 2006 at 4:14:03 pm
 

Cette page est destinée à ouvrir un débat le plus ouvert possible sur tous les aspects de l'oeuvre de Genet.

La question du politique ne doit pas être la seule à être discutée, mais depuis 2002, on ne peut que constater qu'une certaine critique s'efforce de juger Genet, comme on juga Blanchot, Heidegger, Sartre. Si une dizaine de pages sont problématiques, encore ne faut-il pas juger trop vite l'ensemble de l'oeuvre. Il est convenu que le ton doit être courtois.

Japon, le 11 mai 2006

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Japon , le 26 juin 2006

Débat : Jean Genet, nazisme, antisémitisme

Tout se passe comme si un désir de parricide hantait ceux qui attaquent Jean Genet. Question d'époque. Il s'agit pour les auteurs des livres polémiques, produits depuis 2003, contre Genet de se défaire des penseurs qui les ont formés et ont dominé les années 1960 -1980. Genetl'écrivain admiré par Jean Paul Sartre, Michel Foucault, Félix Gattari, Gilles Deleuze, Jacques Derrida, Roland Barthes, Jacques Lacan.

Il semble aujourd'hui que les journaux les plus rigoureux soient victimes d'une rumeur construite par une lecture, pour le moins constestable, des textes de Genet. Le débat est ici ouvert.

Patrick Kechichian, écrit ceci dans Le Monde du 8 juin 2006: << l'étude de Marty parue dans Les Temps modernes sur "Jean Genet à Chatila" (reprise dans Bref séjour à Jérusalem, Gallimard, "L'Infini", 2003) avait fâché et suscité une polémique sur l'antisémitisme de l'écrivain, patent dans son engagement propalestinien.>>

Genet antisémite, cela devient un nouveau cliché dont voici les signes.

Dans la revue Critique,N°671, Marty a parlé d'<< antisémitisme halluciné>> dans les textes non-théâtraux de Genet, Kéchichian d'<< antisémitisme de l'écrivain, patent >> dans Le Monde que nous venons de citer, dans le même journal, Ivan Jablonka affirme qu'il y a une << fascination pour Hitler [...]dans l'oeuvre de Genet >>,Le Monde, 14 avril 2006. Dans Répliques, Alain Finkelkraut soutient fortement cette thèse, tout en restant ouvert au débat.

Mais, au-delà des phrases certes parfois provocantes, coupées du contexte, que dit le texte littéraire de Genet? Nous donnons ici à lire un long extrait de Pompes funèbres assez éloquent sur le rapport à Hitler dont la portée semble avoir échappé à certains lecteurs.

Nous avons cité, pour partie, cet extrait, et cinq autres du même genre, dans une étude Ironie, politique et mythe dans Pompes funèbres , évidemment jamais citée par les lectures accusant Genet d'antisémitisme. Nous donnons donc à lire cette étude dans la rubrique Articles dans la mesure où nous tentons d'indiquer comment le texte littéraire de Genet déconstruit toute idéologie. Notre étude est parue dans Europe, Genet, août-septembre 1996. Le lecteur jugera de deux lectures possibles de ce roman.

 

Pompes funèbres

Le petit gars de Paris accomplit son travail avec vaillance. D'abord il eut peur de faire du mal au Führer. Le membre était d'acier. De toute cette machine à supplice qu'était Paulo, la verge en était la pièce essentielle. Elle avait la perfection des rouages, des bielles fabriquées avec précision. Elle était également sans tendresse, sans douceur, sans le tremblement qui fait souvent frémir délicatement les plus violentes. Paulo prit des précautions et mit beaucoup de salive à sa bite, mais très vite il fut dominé par sa fonction de mâle. Il fonça jusqu'au fond. Il éprouva une grande joie à sentir le tressaillement de bonheur de Madame. La reconnaissance de la beauté de son travail le rendit fier et plus ardent. Ses bras, par en dessous, près des épaules, s'aggripèrent au bras de l'enculé, et il fonça plus dur, avec plus de fougue. Le Führer râlait doucement. Paulo fut heureux de donner du bonheur à un tel homme. Il pensa : << T'en veux de l'aut' ? et en fonçant : << Tiens mon chéri >>. Soulevant encore ses reins, sans sortir du trou : << Du petit Français >> et fonçant << Encore un coup... C'est bon, ça te plaît ? Prends-en toujours >>. Et chaque mouvement de va-et-vient dans l'oeil de bronze, s'accompagnait mentalement d'une formule dont le lyrisme était dicté par le bonheur accordé. A peine eut-il une fois un léger ricanement, vite effacé, quand il pensa << Cui-là, c'est la France qui te le met >>. Hitler une main sur sa queue et ses parties mutilées, sentait cette ardeur s'exalter, encore que chaque coup de bite arrachât un râle de bonheur.

Pompes funèbres 1947, Gallimard,1957, Collection L'imaginaire, 1978, pp.164-165

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