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Japon, 13 juin 2006.

Les auteurs développent librement une opinion qui n'engage qu'eux-mêmes. Cet espace vise à donner à lire les articles consacrés aux essais portant sur l'oeuvre de Jean Genet. Ces articles peuvent être soit déjà publiés, mais difficiles d'accès ou peu connus, soit inédits. Tout lecteur de Genet ou d'essais critiques portant sur Genet qui aurait écrit une étude est invité à nous l'envoyer.

Rubriques

 

*Bibliographie

*Manifestations Diverses

*Mises en scène

 

 

 

Une étude de Sylvain Dreyer, consacrée au livre de Eric Marty, Bref séjour à Jérusalem, Gallimard, 2003, et une note de lecture sur l'essai d'Ivan Jablonka, Les vérités inavouables de Jean Genet,Seuil, 2004.

Ces deux articles de Sylvain Dreyer sont parus dans Esprit, en 2004

http://jeangenet.pbwiki.com/f/articleGenetantis_mite4.doc

http://jeangenet.pbwiki.com/f/IvanJablonka2.doc

 

Albert Dichy, Le Monde des Livres, 21 janvier 2005, donne sa lecture du livre de Ivan Jablonka :

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Une volumineuse étude qui se perd entre amalgames et simplifications

 

Qu’est-ce qu’un « grand écrivain » ? Ivan Jablonka, jeune historien qui consacre une étude volumineuse à Genet et le présente comme « l’un des plus grands écrivains du XXe siècle », se débarrasse vite de la question. Avec une fierté quelque peu confondante, il annonce ne pas s’être penché sur « les processus d’écriture » ou « les structures internes de l’oeuvre ». Un « grand écrivain », pour lui, c’est juste quelqu’un qui écrit bien, qui « a du talent ». Qu’une grande oeuvre soit une affaire un peu plus compliquée, que toute la pensée, la chair, l’histoire d’une époque y soit engagée, qu’elle déploie ses effets au coeur même du commentaire qui prétend la décrire ou la juger ne semble pas lui traverser l’esprit.

 

Du coup, le critique s’expose à devenir lui-même personnage du théâtre qu’il prétend déconstruire, comme ce juge en larmes du Balcon, qui supplie à genoux la voleuse d’avouer son vol afin qu’il puisse devenir juge.

 

Les aveux, pourtant, ce n’est pas ce qui manque chez Genet. La plupart des « vérités inavouables » que lui reproche Ivan Jablonka sont revendiquées par l’oeuvre elle-même. Traître, voleur, lâche, pédé : on pourrait dresser la nomenclature des qualificatifs dont Genet s’est paré, tout en les élevant, il est vrai, au rang de « vertus théologales ». C’est que Genet, on l’oublie trop souvent, a aussi de l’humour.

 

Un humour formidable, essentiel, noué à son désespoir, sous-jacent à tous ses propos. Que lui reproche-t-on ? D’avoir été le chantre du mal ? Certes, mais écoutons-le parler de la bonté : « Pauvre, j’étais méchant parce qu’envieux de la richesse des autres et ce sentiment sans douceur me détruisait, me consumait. Je voulus devenir riche pour être bon, afin d’éprouver cette douceur, ce repos qu’accorde la bonté... J’ai volé pour être bon. » Genet aurait été un adorateur d’Hitler, adhérant « jusqu’à l’égarement » au modèle nazi. Lisons dans Pompes funèbres l’évocation de son idole : « Se pouvait-il qu’une simple moustache composée de poils raides, noirs et peut-être teints par L’Oréal, possédât le sens de : cruauté, despotisme, violence, rage, écume, aspics, strangulation, mort, marches forcées, parades, prison, poignards ? »

 

Par-delà l’humour, on perçoit ici ce qui fait de Genet un véritable écrivain : une virulence ironique, parodique et critique qui ne se laisse fixer dans aucune position, un rire qui affleure sous les textes les plus dramatiques, une capacité à « écrire contre soi », à assumer le monde dans sa complexité, à proposer, parfois au sein d’un même paragraphe, une explication tout en démontrant que « l’explication contraire est admissible ». Genet a donné la règle de son art : « Tout roman, poème, tableau, musique, qui ne se détruit pas, je veux dire qui ne se construit pas comme un jeu de massacre dont il serait l’une des têtes, est une imposture. »

 

L’étude d’Ivan Jablonka ne s’attarde pas sur ces frivolités. Son objectif est sérieux : à l’aide de quelques concepts empruntés à Bourdieu, il entend démontrer que l’oeuvre de Genet, « artiste issu de l’artisanat rural qualifié », procède entièrement d’un ressentiment à l’égard de la IIIe République. « Chômeur déclassé », affligé d’un « complexe d’infériorité sociale », l’écrivain aurait compensé ce sentiment par un « fantasme de toute-puissance que Genet partage avec Sartre mais aussi avec l’homme fasciste ». Les romans et les pièces de Genet présenteraient, dans cette logique, des « accointances esthétiques avec l’idéal de Hitler et de Mussolini » et des « similarités importantes » avec l’oeuvre de Drieu La Rochelle.

 

Il y a mille choses contestables ou extravagantes dans cet ouvrage, notamment de voir qualifiés de « douillette » l’enfance de Genet à l’Assistance publique et de « consensuel » son théâtre. Mais, pour rester au plus près du sujet, on peut déjà trouver incongru qu’un portrait de Genet en écrivain fasciste fasse justement l’impasse sur ses textes et positions politiques ; de même qu’on s’étonne que l’auteur ne se préoccupe pas de savoir pourquoi cet écrivain fasciste ne l’a jamais été mais s’est curieusement tourné vers la défense des colonisés, des immigrés, des Noirs, des Palestiniens.

 

Il y a certes une violence qui traverse l’oeuvre de Genet et il faut être vigilant à ses effets. Mais la démarche d’Ivan Jablonka n’aide pas à y voir plus clair, d’autant qu’elle comporte elle-même des dérives inquiétantes. Il est ainsi pour le moins hasardeux de construire une argumentation aussi péremptoire sur les notions de « rapprochement » ou d’« accointance ». Genet serait fasciste parce que son univers imaginaire, fortement hiérarchisé, présenterait des « points communs » avec celui du fascisme. Il serait nazi parce qu’il y aurait « une riche parenté en matière de pensée, de morale et d’images » entre les textes de Genet et les « valeurs nazies » ou parce que le « renversement radical des valeurs morales » prôné par l’écrivain « est celui qu’on observe dans les camps de concentrations nazis ».

 

l’absurde et l’ignoble Genet, enfin, serait un antisémite « discret » (aucune ligne, en effet, dans les textes étudiés ne l’atteste) parce qu’il reproduirait « l’argumentaire des collaborateurs antisémites ». De glissement en amalgame, on atteint à l’absurde aussi bien qu’à l’ignoble. Genet évoque-t-il au hasard d’une phrase « le lien verbal qui joint l’assassin et l’assassiné (l’un étant grâce à l’autre) », qu’Ivan Jablonka affirme aussitôt : « Transposée dans l’empire nazi, cette union monstrueuse relie complaisamment bourreaux et victimes. » Ou encore, après avoir cité un propos d’Eichmann, satisfait « d’avoir tué cinq millions d’ennemis de l’Etat », ce commentaire : « Cette conception du meurtre, on le voit, n’est pas très éloignée de celle de Genet -- la névrose antisémite en moins. » On en arrive ainsi presque naturellement à cette conclusion délirante et anachronique : « Genet restitue avec brio le mélange de bassesse et d’orgueil qui a rendu possible la collaboration de la France avec l’Allemagne nazie. »

 

Revenons à Genet. En 1962, il écrit à Roger Blin : « Je ne suis pas un type de droite (ou alors quelle incohérence !)... Je ne suis pas un type de gauche. C’est-à-dire que je ne peux pas accepter une morale donnée, déjà élaborée, aussi généreuse soitelle. Je reste un voyou, c’est-à-dire un artiste, qui doit se démerder avec lui-même pour mettre au point une oeuvre et une vie avec, si possible, une morale éclairant les deux. Cela ne se fait pas du jour au lendemain, ni en termes clairs. »

Albert Dichy

 

René de Ceccaty, a indiqué le 21 mai 2006, sur France Culture qu'il préparait une réplique aux thèses de ces deux essais.

Pour notre part, nous préparons une étude intitulée Critique et idéologie. Le cas Genet.

 

Dans LE MONDE DES LIVRES 08.06.06 Patrick Kéchichian rend compte du dernier livre de Eric Marty, Jean Genet, Post Scriptum, Verdier, 2006

 

Genet, opaque et flamboyant

Jean Genet n'a pas la calme postérité du grand écrivain glorieux. De son vivant déjà, malgré le succès, il ne s'était pas installé dans ce rôle, l'opprobre plus que l'admiration faisant clairement partie de son jeu. Ennemi déclaré de tout consensus, même en sa faveur, il ne chercha pas à se rendre aimable ou acceptable. Il déjoua par avance toute interprétation qui tentait de figer le sens de son oeuvre. Il n'est donc pas anormal que, vingt ans après sa mort, il demeure motif de discorde. Ce qui le réjouirait fort.

 

La légende dorée

La Chaste Vie de Jean Genet (Gallimard, 216 p., 18,50 ¤) est un beau et très étrange ouvrage. Poète, Lydie Dattas fut l'amie de Genet dans les années 1970, alors qu'elle était la compagne d'Alexandre Bouglione. S'appuyant sur la chronologie et sur ses souvenirs, elle raconte une vie qui "n'eût pas déparé des bizarreries d'un Dictionnaire des saints". Mais cette opération n'a rien à voir, on s'en doute, avec celle de Sartre - que l'auteur nomme ici, sans délicatesse, "le gnome des Lettres". Plus qu'un saint, Genet incarne, pour Lydie Dattas, la figure de l'Innocent, du Solitaire. Admirablement écrit, avec un amour déterminé et sans concession, ce livre n'embellit pas Jean Genet, mais l'élève dans un ciel d'un bleu un peu bizarre... Un ciel que Genet, manifestement, regardait lui-même avec une singulière ferveur.

 

Cette attitude de provocation constante qui est au coeur de l'existence et de l'esthétique de Genet ne saurait d'ailleurs interdire le commentaire et l'analyse. Elle doit même l'encourager, car il est plus que jamais nécessaire de comprendre, sans passion excessive, le message contenu dans son oeuvre - message dont son biographe, Edmund White (Gallimard, 1993), soulignait lui-même combien il était incertain, ambigu. Cette interdiction serait d'autant plus irrecevable que le pire, ici, est souvent en jeu. Il n'est pas question d'absoudre ou de condamner l'écrivain de manière posthume, mais d'éclairer autant qu'il se peut le sens volontairement brouillé de son oeuvre.

 

"Il s'agit simplement (...) de s'ouvrir à l'extraordinaire opacité, si fascinante, que les actes et les choix de Genet suscitent", écrit Eric Marty (1). Avec une pugnacité remarquable, sans nier la grandeur de l'oeuvre, il invite les lecteurs à ne pas détourner le regard de ce qui, en cette oeuvre, fait tache. En décembre 2002, l'étude de Marty parue dans Les Temps modernes sur "Jean Genet à Chatila" (reprise dans Bref séjour à Jérusalem, Gallimard, "L'Infini", 2003) avait fâché et suscité une polémique sur l'antisémitisme de l'écrivain, patent dans son engagement propalestinien.

 

 

IMPÉRATIF PERVERS

 

Eric Marty prolonge aujourd'hui sa réflexion en deux directions. D'une part, afin de savoir comment la "canonisation" de Genet par Sartre "se révèle être, à la lettre, la production d'un tabou, au sens structural du terme". Cette "transaction" isole Genet, "sujet hétérogène", dont l'antisémitisme "devait être accepté comme un mal nécessaire, mais secondaire". L'auteur étudie ensuite la nature des prises de position politiques de Genet et le "malentendu" qui en est, non pas la conséquence, mais l'origine. L'écrivain fut non pas la "victime", mais "l'agent actif", conduit par un impératif pervers. Marty fait prévaloir la "logique poétique" contre une vaine "lecture moralisatrice".

 

Dans Journal du voleur (1948), Genet raconte qu'à Mettray, la colonie pénitentiaire de Touraine où il fut placé en septembre 1926 (né en décembre 1910, il n'avait pas 16 ans), il s'était inventé une "rigoureuse discipline" : "A chaque accusation portée contre moi, fût-elle injuste, du fond du coeur je répondrai oui. A peine avais-je prononcé ce mot - ou la phrase qui le signifiait - en moi-même, je sentais le besoin de devenir ce qu'on m'avait accusé d'être." Et dans la même page, il s'approprie tous les chefs d'accusation : "Je me reconnaissais le lâche, le traître, le voleur, le pédé qu'on voyait en moi." Dans cette inversion des valeurs, c'est toute la mythologie et la métaphysique de Genet qui s'expriment.

 

Le Journal du voleur vient conclure l'oeuvre romanesque de Genet. En mars 1944, grâce à Cocteau, il sort de prison, où des chapardages minimes - le vol d'une édition rare de Verlaine ! - l'avaient conduit. De justesse : sous l'Occupation, il risquait la déportation. En mai, il fait la connaissance de Sartre. En août, Jean Decarnin, qui fut son grand amour, meurt lors de la libération de Paris ; Genet écrit alors Pompes funèbres, dédié à l'amant. Ce roman exalte, d'une manière profondément choquante, les vertus viriles des soldats nazis et campe Hitler en créature onirique, incarnation du Mal désirable..

 

Une activité littéraire intense et concentrée sur les années de la guerre et sur celles qui ont immédiatement suivi apportent à Genet une reconnaissance rapide. En 1949, tandis qu'une pétition d'écrivains lui obtient la grâce du président Auriol, Gallimard décide de publier ses Œuvres complètes. En 1952, le premier volume sort : c'est la fameuse, l'énorme préface de Sartre, dont parlait Eric Marty, qui bombarde Genet, avec une confondante intelligence, "saint", "comédien" et "martyr". L'écrivain encaisse le coup. Il racontera, en 1964 : "J'ai été pris par une sorte de nausée, parce que je me suis vu mis à nu, et par un autre que moi-même..."

 

Après les grandes oeuvres dramatiques de la fin des années 1950, après la guerre d'Algérie (il refuse de signer le Manifeste des 121 pour le droit à l'insoumission) et Mai 68, apparaît Le Dernier Genet (2), le Genet politique qui se dépense sans compter en faveur des Black Panthers américains, puis des Palestiniens. Dans Un captif amoureux, son dernier livre, qui paraît en mai 1986, un mois après sa mort, on lit cette note : "... le condamné voudrait encore décider seul du sens de ce que fut sa vie - écoulé sur fond de nuit qu'il voulait épaissir non illuminer." Toujours cette même opacité, cet interdit - qu'il est toujours aussi urgent de transgresser.

 


 

 

(1) Jean Genet, post-scriptum (Verdier, 122 p., 11,50 euros).

 

(2) Titre de l'essai, en défense, d'Hadrien Laroche, (Seuil, 1997).

 

Signalons aussi l'édition de Haute surveillance, due à Michel Corvin (Gallimard, "Folio-Théâtre", no98).

 

 

 

 

 

 

 

J'installerai une table des matières et des titres, bientôt.

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